Ce que Johnny écoutait vraiment chez lui

Johnny Hallyday au piano

Dans l’intimité sonore de Johnny

Derrière la fureur des stades et la déferlante des guitares, il y a l’homme. Chez lui, loin des projecteurs, Johnny Hallyday ne cherchait pas à être « Johnny », mais simplement à écouter la musique qui l’avait façonné. Selon ses propres entretiens au fil des décennies (INA, presse d’époque), ses soirées avaient souvent le parfum des disques qui l’avaient mis sur la route : le rock’n’roll fondateur, le blues et l’Amérique des grands compositeurs. Un panthéon intime, moins tape-à-l’œil que sa légende, mais essentiel pour comprendre l’artiste.

Les disques de chevet  : le rock’n’roll originel

Johnny n’a jamais caché son socle : Elvis Presley pour l’aura et l’électricité, Gene Vincent et Eddie Cochran pour la nervosité des riffs, Chuck Berry pour la science du riff et des histoires, Little Richard pour la fièvre. Il les citait régulièrement, et revenait sans cesse à ces 45-tours qui lui avaient donné le vertige. On sait combien il aimait reprendre ces standards sur scène : « Johnny B. Goode » (Chuck Berry) est devenu un passage attendu de ses concerts, tout comme, à différentes périodes, des hommages à Gene Vincent ou Little Richard. À la maison, ces disques-là auraient servi de boussole : une manière de se recentrer sur la source, d’entendre, encore et toujours, l’étincelle d’origine.

Le blues et la soul, respiration quotidienne

Dans de nombreux témoignages, Johnny insiste sur le blues comme respiration naturelle. Muddy Waters, John Lee Hooker, Howlin’ Wolf figurent parmi ces voix qu’il aurait volontiers fait tourner « pour le plaisir ». La soul d’Otis Redding revient aussi dans ses références, tout comme Ray Charles. Ce goût affleure dans sa propre discographie : « La musique que j’aime » (1973), devenue un étendard en concert, porte explicitement ces couleurs. On le sent également dans sa manière d’aborder les ballades : un grain légèrement éraillé, une façon de « tenir » la note qui doit beaucoup à l’église du rhythm and blues.

Johnny Hallyday écoute de la musique

L’Amérique acoustique  : country, folk, Americana

Installé de longues périodes à Los Angeles, Johnny entretenait un lien fort avec l’Amérique des grandes plaines, ses guitares acoustiques et ses histoires de routes. Ses sessions à Nashville et à Memphis dans les années 1970 ont laissé des traces concrètes dans ses disques, et son adaptation de « Take Me Home, Country Roads » de John Denver (« La Terre Promise ») témoigne clairement d’une oreille tournée vers la country populaire. Il a souvent évoqué, en filigrane, son attachement aux voix narratives : celles de Johnny Cash, Kris Kristofferson ou Willie Nelson, qui racontent l’errance, la rédemption et le quotidien. À la maison, ce sont des chansons que l’on imagine volontiers résonner au petit matin, quand la ville sommeille et que la Route 66 n’est jamais loin.

Anglo-Saxons, années 60-70  : l’électricité et la fraternité

Johnny s’est frotté très tôt aux musiciens anglais. L’album « Rivière… ouvre ton lit » (1969) réunit, selon la documentation d’époque, plusieurs figures majeures de la scène britannique, parmi lesquelles Jimmy Page, Peter Frampton ou Steve Marriott. Ce voisinage en dit long sur ce qu’il écoutait et admirait alors : une décennie magnétique, de Jimi Hendrix aux Rolling Stones. Sa version en français de « Hey Joe » dès les sixties, ou son goût pour l’âpreté des guitares, prolongent cette filiation. Chez lui, ces disques auraient tenu bonne place : on y entend la liberté, la prise de risque, la nuit qui s’allume.

La chanson française, le respect des auteurs

Si Johnny est l’icône rock que l’on sait, il n’a jamais méprisé la grande chanson. Charles Aznavour lui offre « Retiens la nuit » au tout début des années 60 : une pierre blanche. Plus tard, Michel Berger puis Jean-Jacques Goldman écrivent pour lui et l’aident à faire passer, en pleine décennie 80-90, une émotion plus intime dans un écrin pop-rock. Chez lui, on l’imagine volontiers remettre un Aznavour, un Brel ou un Ferré, par admiration pour la tenue du texte, même si Johnny se confiait surtout sur ses amours américaines. Ce respect pour les auteurs se lit dans sa façon d’habiter les mots que d’autres lui ont confiés.

Écoutait-il ses propres disques chez lui ?

À cette question, Johnny répondait prudemment, selon plusieurs entretiens : rarement. Comme beaucoup d’artistes, il aurait préféré écouter les autres, et ne réécoutait ses propres enregistrements qu’en période de travail, pour préparer une tournée, réévaluer des tempos, choisir une tonalité. Là encore, on retrouve l’homme pragmatique : chez lui, la musique devait d’abord être une joie, non une autocélébration.

Une playlist plausible, pour s’approcher de ses soirées

À défaut d’entrer dans son salon, voici une sélection cohérente avec ce qu’il citait et ce que sa discographie reflète. Une porte d’entrée, rien de plus ; mais elle raconte bien « ce que Johnny écoutait vraiment » quand il restait fidèle à ses fondamentaux.

  • Elvis Presley – Mystery Train
  • Gene Vincent – Be-Bop-A-Lula
  • Eddie Cochran – Summertime Blues
  • Chuck Berry – Johnny B. Goode
  • Little Richard – Lucille
  • Muddy Waters – Mannish Boy
  • John Lee Hooker – Boom Boom
  • Otis Redding – Try a Little Tenderness
  • The Rolling Stones – Gimme Shelter
  • Jimi Hendrix – Hey Joe
  • The Animals – The House of the Rising Sun
  • Johnny Cash – Folsom Prison Blues
  • Kris Kristofferson – Me and Bobby McGee
  • John Denver – Take Me Home, Country Roads
  • Charles Aznavour – Hier encore

Ce fil musical épouse ses influences attestées et les ponts évidents avec son œuvre : « Le Pénitencier » vient de The Animals, Johnny a chanté « Hey Joe », et l’ombre d’Elvis, de Berry ou d’Otis plane sur ses choix de scène.

Pourquoi on en parle aujourd’hui

Parce qu’à mesure que paraissent des rééditions et que les playlists d’influence se multiplient sur les plateformes, on redécouvre un Johnny auditeur, curieux et fidèle. Les documents audiovisuels (INA), les archives de presse et les fiches de session rappellent qu’il n’a jamais cessé de nourrir sa flamme au contact de ses maîtres. Se demander ce qu’il écoutait chez lui, c’est, au fond, revenir au cœur du mythe : un amoureux de musique qui, avant d’être une légende, est resté toute sa vie un fan. Et c’est sans doute là que tout commence.

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